top of page

Sculpture

LA TAILLE ET LE MODELAGE

 

Dans le geste du sculpteur, le médium n’est pas indifférent. Quand Michel-Ange taille son David dans le marbre, il y a bien sûr un effort musculaire considérable mais la taille directe requiert d’abord une très forte puissance mentale. On pour rait dire que Michel-Ange n’a rien fait que d’enlever ce qui était autour du David ! Comme chez Platon, il s’agit d’extraire l’idée de sa gangue. Même si, pour une large part, c’est la structure du matériau et les aspects successifs que lui donne le sculpteur, qui détermine le devenir de la pièce, la taille directe suppose cependant, à tout moment, une visée, c’est à dire une représentation anticipatrice du résultat qui se présente souvent comme un problème à résoudre. C’est ce caractère problématique de la taille qui explique que Michel-Ange ait pu s’accommoder d’un bloc déjà bien entamé avant lui par Ducio, un autre sculpteur. On peut même penser que cette contrainte du bloc, trouvé tel quel dans le chantier du Dôme à Florence, aura finalement été stimulante et que la grâce du déhanché du jeune homme tient aussi à la prouesse de la solution trouvée. Tout cela s’accompagne néanmoins d’un effort corporel.

 

Dans la Bible, comme dans bien des mythologies, en revanche, la création de l’homme, de l’être vivant par excellence, résulte du modelage d’un peu de limon ou d’argile. On ne peut pas imaginer un dieu créateur peinant à la tâche. L’homme naît d’une volonté toute puissante qui se manifeste dans sa force tranquille. Rouler une boule de glaise ne demande aucun effort. Cela se fait tout seul, sans y penser, comme un enfant joue à la pâte à modeler. Et là encore, dans un apparent paradoxe, le modelage qui requiert moins de peine et de préméditation, engage cependant le corps d’une manière très intense, comme la caresse engage la main. Le rapport au réel est alors exclusivement tactile. Cet engagement physique, non-violent, pour ainsi dire, mais totalement corporel, est d’une grande intensité.

bottom of page